Conférence sur le Pérou du 25 septembre 2018 à Ronchin

S’étendant sur plus de 2200 Km le long de l’océan pacifique, au sud de l’Equateur, le Pérou montre trois visages différents : la côte, la cordillère des Andes et la forêt dense au Nord Est.Le plus avenant n’est pas celui qu’il présente aux visiteurs venus de l’océan : l’étroite bande de terre qui le borde est un désert : rocailles grises, buissons argentés, dunes ocres ; la route longe un paysage lunaire ourlé d’une mer hostile qui semble n’avoir de pacifique que le nom ! Quelques oasis irradient ces plaines arides jadis irriguées par les Incas. Ces derniers venant de la région du lac Titicaca, à la frontière bolivienne, fondent leur empire au XII siècle seulement et font de Cuzco leur capitale. Ils en furent chassés par les espagnols de Pizzaro en 1532 qui fit de Lima, ville construite par ses soins, la nouvelle Capitale. Située en bordure de mer, cette ville et l’ensemble du pays resteront sous le joug espagnol jusqu’à l’arrivée de Bolivar le libérateur ; l’indépendance fut obtenue en 1824.

Dans ces conditions, partout l’influence espagnole demeure au niveau des édifices religieux, des1 lima

palais, des résidences luxueuses de Lima ; le cœur de la cité, malgré ses bâtiments modernes, possède toujours le cachet d’antan avec ses arcades, balcons coloniaux et fenêtres aux vantaux de bois. De plus, le musée de l’or et le musée national d’anthropologie et de l’archéologie, témoins des civilisations précolombiennes présentent des bijoux, des poteries et des tissages d’un raffinement exquis. En flânant dans cette capitale, l’artisanat andin et les spécialités culinaires sont partout et excitent les yeux et papilles des visiteurs !

Quittons la capitale et son climat brumeux durant l’hiver pour franchir la montagne à l’aide du chemin de fer qui serpente dans la cordillère coiffée de nombreux sommets enneigés dépassant les 6000m d’altitude. Dès que l’on s’éloigne de la côte, vers 800m d’altitude, les vallées verdoient, les vergers regorgent de fruits et de fleurs ! Aux arrêts du train, de jeunes vendeuses portant des vêtements amples aux couleurs chatoyantes (le rouge en particulier domine), coiffées d’une sorte de panama noir et blanc, drapées dans un châle aux couleurs vives proposent la production locale. Perchée à 3260 m, Huancayo, ville terminus est aussi le grenier à blé du pays. Les premiers tissages de laine 2 gare terminus de Huancayo apparaissent également. Pour continuer notre voyage, seul un minibus peut emprunter la route escarpée dans un décor grandiose ; sur la puna, lande d’herbes et de graminées, les lamas, vigognes et autres alpagas élevés sur ces plateaux à plus de 4000m sont choyés par leurs propriétaires : c’est toute leur richesse : ils en tirent la laine, avec la peau, les vêtements et les chaussures et la viande quoique assez ferme convient parfaitement à leur nourriture ; de plus la vente de ces animaux leur permet de faire du négoce. L’air est vif, le mal des montagnes guette les voyageurs ; de nombreux canyons séparent les montagnes hostiles, « hantées » par de majestueux condors.

 

En atteignant Ayacucho, nous retrouvons tout le cachet colonial de l’époque espagnole, la beauté de ses bâtiments et de ses quelques…33 églises. A 2400 m d’altitude il fait bon vivre dans l’animation de ses ruelles.

Poursuivant notre voyage, une route étroite et dangereuse mène à Cuzco, l’ancienne capitale des incas. Au travers de montagnes où les crêtes enneigées surgissent de partout, enserrant des gorges désordonnées où se précipitent les torrents, la nature peu accueillante est partout et cette 3 CuzcoChevauchée débouche enfin sur la riante vallée de Cuzco. Cette ville, symbole de puissance et d’autorité, dotée de palais gigantesques, de places destinées aux cérémonies a gardé son cachet d’origine à certains égards ; 4 Eglise Cuzcoen effet, des ruelles étroites et sombres flanquées de murs immenses en pierres noires rappellent la période du règne des incas : les blocs polygonaux, taillés et ajustés avec minutie ont résisté à tous les tremblements de terre ; la calle Triunfo en un parfait exemple. D’ailleurs, les espagnols qui voulaient effacer toute trace de civilisation antérieure ont bâti leurs églises baroques sur les fondations cyclopéennes des anciens temples rasés par leur soin. Ces églises et autres couvents rivalisent de splendeur avec leurs autels en argent massif, leurs tableaux inestimables, leurs plafonds de bois précieux ; feuilles, fleurs, volutes, colonnes et sculptures sont également de la même veine : un émerveillement total qui laisse imaginer à quel degré d’opulence étaient parvenus les incas !

En remontant un peu vers le Nord, se dressent de nombreuses forteresses bâties pour défendre l’empire au XV ème siècle, contre les barbares venus de l’Est. Le plus remarquable de ces bastions est le machu picchu qui fut simplement découvert en 1911. Situé au dessus de la vallée très encaissée du rui urubamba, masqué par une végétation abondante à 500m au dessus de la rivière, toute une ville pratiquement intacte apparaît, il n’y manque que les toits.

5 Machu Picchu

Escaliers, temples, palais, maisons, tours, fontaines s’offrent au regard du visiteur surpris ; de nombreuses terrasses qui devaient servir aux anciennes cultures sont encore visibles ! Cette mystérieuse cité qui semble avoir été un lieu saint n’a jamais pu être découverte par les espagnols. Elle est en effet remarquablement masquée, dominée par le piton Huayna Picchu aux parois presque verticales qui la rend invisible du fond de la vallée.

Quittant ce site qui garde son mystère, nous nous dirigeons vers l’extrême sud du pays, à la frontière bolivienne : le lac Titicaca commun aux deux pays. A 3812m d’altitude il est le plus haut lac navigable du monde et s’étend sur 6900 km2. Véritable mer intérieure de 180km de long sur près de 80 de large, il abrite les indiens Urus vivant sur des iles artificielles ; seul matériau disponible, le roseau leur sert à édifier leurs iles flottantes, leurs habitations et aussi leurs embarcations, les balsas. Ils se nourrissent des poissons et des herbes du lac. Par gros temps, il arrive que les iles se déplacent de plusieurs centaines de mètres ! Autre particularité : marcher sur ces gigantesques radeaux flottants requiert un certain sens de l’équilibre ; en effet, le sol est mou et il est fréquent de s’y enfoncer jusqu’à mi-mollet !

Laissant à regret cette civilisation restée dans »son jus » et éminemment sympathique avec un mode de vie particulièrement adapté à son environnement naturel, nous nous dirigeons vers un lieu plus civilisé et aux alentours moins hostiles : Arequila la blanche, la ville où le soleil brille toute l’année, la coloniale, l’inoubliable.

6 Arequipa

L’air y est frais car elle est située à 2300m d’altitude : les espagnols y bâtirent des monuments incomparables : l’église de la compagnie de Jésus, la cathédrale, la place d’armes et surtout le couvent de Santa Catalina, véritable village au sein de la ville ; il comporte de nombreuses ruelles, quelques placettes pittoresques agrémentées de jolies fontaines : cité aux murs ocres, aux maisons bleues, aux patios fleuris de géraniums. Ce cadre est rendu plus enchanteur encore par le raffinement du mobilier, des peintures, des cloîtres paisibles…

Ce havre de fraicheur s’évanouit brusquement en reprenant la route nous ramenant vers la côte ; en quelques kilomètres, la « panaméricaine » nous replonge dans le désert côtier, les dunes de sable, paysage aride que rompt parfois une oasis… en remontant vers notre point de départ, Lima.

Ce Pérou, pays tout en contraste, nous a réservé un accueil charmant mais, de part ses conditions parfois difficiles dues à l’altitude, demande un peu d’entraînement avant de le parcourir ! Mais, que de paysages grandioses à découvrir, et surtout que dire de ces incas qui, sans moyens particuliers, sont parvenus à ériger des monuments qui, par l’ampleur de leurs proportions, forcent l’admiration !

                                                                                                                                                          C Bailly

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